Qu’attendent les singes ?  – Yasmina Khadra

Qu’attendent les singes ? – Yasmina Khadra

« Je refuse de croire au recyclage de ton malheur. Algérie, ton simulacre de victime expiatoire ne trompe personne et ta convalescence n’a que trop duré. Un jour, le voile intégral qui te dérobe au génie de tes prodiges tombera et tu pourras te mettre à nu pour que le monde entier voie que tu n’as pas pris une seule ride, que tes seins sont aussi fermes que tes serments, ton esprit plus clair que l’eau de tes sources et tes promesses toujours aussi intactes que tes rêves. Algérie la Belle, la Tendre, la Magnifique, je refuse de croire que tes héros sont morts pour être oubliés, que tes jours sont comptés, que tes rues sont orphelines de leurs légendes et tes enfants rangés à la consigne des gares fantômes. S’il faut secouer tes montagnes pour les dépoussiérer, boire la mer jusqu’à la lie pour que tes calanques se muent en vergers, s’il faut aller au fin fond de l’enfer ramener la lumière qui manque à ton soleil, je le ferai. »

Salut les amis, j’espère que vous allez bien ?

Décidément c’est encore une lecture supplémentaire de Yasmina Khadra mais que voulez-vous, une collègue m’a prêté pas mal de ces livres et je dois dire que j’aime particulièrement sa façon d’écrire. Il aime faire de belle phrase et employer un vocabulaire assez riche. C’est définitivement un auteur que j’apprécie et dont j’aime beaucoup la plume.

Si je ne m’abuse, il s’agit du troisième roman de cet auteur que je vous présente sur le blog. Il y a eu en premier « L’Attentat » et en deuxième « Le dernier jours du Raïs », qui ont été de très bonne lecture. Aujourd’hui je découvre Yasmina Khadra dans un nouveau registre :  le policier. Pour une raison que j’ignore, je ne l’imaginais pas du tout écrire ce genre de lecture mais ce policier cache en réalité autre chose. Quelque chose de plus profond qui apporte une nouvelle dimension au roman.

« Qu’attendent les singes » de Yasmina Khadra, édition pocket, 320 pages, 7,50€.

Quatrième de couverture

« Le corps d’une étudiante est découvert dans les bois de Baïnem, près d’Alger. Chargée de l’enquête, la commissaire Nora Bilal est loin de se douter que son pronostic vital est engagé. Dans un pays où les intrigues et les fausses pistes dépassent l’entendement, où l’exercice du pouvoir et la corruption s’érigent en sacerdoces, quel sort réserve-t-on à ceux qui osent croire que la loi est au-dessus de tous, surtout lorsque la loyauté est incarnée par une femme ? 

Loin de se limiter au thriller politique, Qu’attendent les singes est une formidable radioscopie d’une Algérie qui, après avoir été laminée par le terrorisme islamiste, se retrouve livrée sans emballage aux ogres de l’infamie. »

Ce roman qui a pourtant été publié il y a cinq ans de cela fait écho à l’actualité algérienne en ce moment, en pleine compagne présidentielle. C’est le hasard qui a voulu que je lise ce livre quelque semaine à peine avant que tout cela ne se produise. Et lorsque j’ai vu la colère des jeunes faces à ce que leur pays traverse, ma première réaction fut de penser à ce roman. Car d’une certaine façon l’auteur nous expose une facette de l’Algérie dont nous sommes le moins accoutumé et où les personnages les plus influents détiennent le pouvoir.

« On nous cache toutes les belles choses dans ce pays. On réduit nos airs de jeux à des peaux de chagrin, limite la portée de nos cris au contour de nos lèvres et fait de nos vœux pieux des oraisons funèbres. Les fossoyeurs de nos rêves nous ont confisqué jusqu’à nos prières. On est là, légumes au soleil et on attend, qui la mort, qui la folie, qui les deux à la fois. Nos jeunes ne savent pas à quoi ressemble un touriste ou un cinoche, nos vieux oublient ce qu’ils ont été, notre patrie est sous scellés et nos espoirs cloués au pilori. Un singe dans sa cage affiche plus de contenance que nous sur une plage. »

Sous couverture d’un roman policier, l’auteur nous dépeint une Algérie corrompue par les hommes et les plus riches. C’est à prendre néanmoins avec des pincettes car ce pays ne se limitent pas qu’à cela tout de même. Je ne souhaite froisser aucun algérien et l’auteur également car au fond ce qu’il démontre c’est son impuissance et son inquiétude face au travers de son pays natal. Il met en lumière la face cachée de l’Algérie afin qu’un jour, elle puisse renaitre de ses tourments.

Il nous dépeint également une Algérie plus occidentale où la religion dominante, l’islam est très peu représenté, voir pas du tout représenté. A l’imagine de pas mal de personnages tels que Nora, la commissaire. Et oui, une femme commissaire ne fait pas l’unanimité dans un univers « phallocentrique » (je reprends les propos de l’auteur). Son statut de femme lui vaut régulièrement des propos déplacés de la part de ses collègues. En plus de cela, elle est homosexuelle et c’est rarement représenté (enfin je l’imagine) dans les romans qui se situe en Algérie.

« Tu te rends compte ? il suffit d’accorder un soupçon d’autorité à une poufiasse pour qu’elle se sente pousser des ailes. Ce bled va où putain ? Elle a failli tourner de l’œil à la vue du cadavre hier à la clinique, et, une fois au bureau, elle découvre une vaillance d’Amazone. Mais, fais-moi confiance, je rétablirai mon intégrité d’homme un jour ou l’autre. Je finirai par foutre cette salope à quatre pattes. »

Je pense également aux personnages que l’on prénomme les Béni Kelboune qui ont tendance à s’adonner à des pratiques sexuelles plutôt libertine et qui se croient au-dessus de toute loi. Encore un aspect de l’Algérie qui n’est pas toujours mis en avant. L’auteur nous avait d’ailleurs prévenus dès le début du roman : ces premiers mots furent les suivants :

« Il y a ceux qui font d’une lueur une torche et d’un flambeau un soleil et qui louent une vie entière celui qui les honorent un soir : et ceux qui crient au feu dès qu’ils voient un soupçon de lumière au bout de leur tunnel, tirant vers le bas toute main qui se tend vers eux. En Algérie, on appelle cette dernière catégorie : les Béni Kelboun. Génétiquement néfastes, les Béni Kelbounes disposent de leur propre trinité : Ils mentent par nature,Triche par principe, Et, Nuise par vocation. Ceci est leur histoire. »

J’ai particulièrement aimé le fait qu’il ne nous a pas fallu très longtemps pour comprendre qui est l’auteur du crime. Enfin plus ou moins… La vérité est plus complexe que ce qu’elle laisse paraitre car quelqu’un, dans l’ombre semble vouloir éliminer tous ceux qui sont impliqués dans cette affaire.

Malgré que Yasmina Khadra nous ai prévenu dès le début de ce qui allait nous attendre. Ses paroles n’ont pris du sens que lorsque j’ai fini ma lecture et que je me suis rendu compte de l’importance de l’œuvre que je venais de lire.

Je sais ce que vous vous dites, j’ai mis plus de citation que donné mon avis pour ce roman mais s’il y a bien un moyen de vous convaincre de le lire c’est bien l’auteur lui-même. Quoi de mieux que de vous exposer ses plus profondes paroles. Et encore je me suis vachement restreinte. Il y a tellement à dire sur ce roman mais je pense en avoir assez dit. J’espère que cela ne vous a pas trop spoilé et qu’au contraire vous a donné envie de le lire.

Merci d’avoir lu cette chronique jusqu’au bout et à très bientôt sur le blog. N’hésitez pas à me rejoindre sur les réseaux sociaux et à vous abonner au blog pour ne rien manquer. 

2 Commentaires

  1. 18 avril 2019 / 13:13

    Ce que le jour doit à la nuit, reste pour moi son meilleur livre 🙂

    • 20 avril 2019 / 23:14

      Justement, je l’ai dans ma bibliothèque et je me le réserve pour cet été. Par contre j’ai vu le film et j’ai beaucoup aimé 😊

Répondre à Effy Dreams Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *