L’attentat – Yasmina Khadra

“Dis-moi, Naveed, toi qui a vu tant de criminels, de repentis et toutes sortes d’énergumènes déjantés, comment peut-on, comme ça d’un coup, se bourrer d’explosifs et aller se faire sauter au milieu d’une fête ?

– C’est la question que je me pose toutes les nuits, sans lui trouver un sens, encore moins une réponse.

– Tu en a rencontré, de ces gens ?

– Beaucoup.

– Alors, comment ils expliquent leur folie ?

– Ils ne l’expliquent pas, ils l’assument.

– Tu ne peux pas mesurer combien ça me travaille ces histoires. Comment bordel ! un être ordinaire, sain de corps et d’esprit, décide-t-il, au détour d’un fantasme ou d’une hallucination, de se croire investi d’une mission divine, de renoncer à ses rêves et à ses ambitions pour s’infliger une mort atroce au beau milieu de ce que la barbarie a de pire ?”

Salut les amis, j’espère que vous allez bien ?

Je ne sais pas par quoi commencer tellement cette lecture m’a laissé sans voix. Pour un roman qui a été publié pour la première fois, en 2005, j’ai été stupéfaite de constater que ce qu’il aborde pourrait très bien s’appliquer à notre époque. Je me rends compte qu’en l’espace de 12 ans, le conflit entre Israël et la Palestine ne s’est pas amélioré.

… Résumé …

« Dans un restaurant bondé de Tel-Aviv, une femme fait exploser la bombe qu’elle dissimulait sous sa robe de grossesse. Toute la journée, le docteur Amine, Israélien d’origine arabe, opère à la chaîne les innombrables victimes de cet attentat atroce. Au milieu de la nuit, on le rappelle d’urgence à l’hôpital pour lui apprendre sans ménagement que la kamikaze est sa propre femme.

Comment admettre l’impossible, comprendre l’inimaginable, découvrir qu’on a partagé, des années durant, la vie et l’intimité d’une personne dont on ignore l’essentiel ? pour savoir, il faut entrer dans la haine, le sang et le combat désespéré du peuple palestinien… »

… Mon avis …

Dans la ville de Tel-Aviv, le docteur Jaabari et sa femme avaient une vie exemplaire, lui chirurgien réputé et elle ne manquait de rien. Ils faisaient partie de ces rares couples d’origine arabe à faire partie de l’élite israélienne. Alors qu’est-ce qui peut pousser une femme, qui vivait dans le confort absolu, à se faire exploser et ainsi faucher la vie de 17 personnes dont des enfants ? Pour Amine c’est l’incompréhension totale. Il a toujours fait en sorte que sa femme ne manque de rien. Il va découvrir une partie de sa vie qu’il ignorait.

Ce qui fait la force de ce roman est la plume de l’auteur. Yasmina Khadra, qui a une super-belle écriture et je dois dire que j’en suis complètement fan. Il a un talent inégalé pour décrire les émotions de ses personnages, en l’occurrence celles d’Amine, un homme brisé suite à la mort de sa femme. On ressent sa peine, son chagrin nous transperce le cœur et on ne peut qu’être attendri par ce personnage.

“Je me sens patraque, halluciné, dévitalisé. Ne suis qu’un énorme chagrin recroquevillé sous une chape de plomb, incapable de dire si j’ai conscience du malheur qui me frappe ou bien s’il m’a déjà anéanti.”

L’auteur a réussi à faire en sorte que l’on ne déteste pas la femme du docteur alors qu’elle a commis un acte impardonnable. On éprouve plus de la pitié envers elle. Pour nous, lecteur, c’est également l’incompréhension, alors à travers le personnage d’Amine, on va essayer de comprendre ce qui l’a poussé à commettre un tel crime. On ne cherche pas à la blâmer mais plutôt à trouver des réponses.

On plonge peu à peu dans les méandres des djihadistes et de leurs fonctionnements. C’est avec stupéfaction, que l’on nous dévoile une manière de faire qui explique comment ces terroristes arrivent à bourrer le crane de leurs adeptes. Cela en est terrifiant, car on s’imagine que des femmes et des enfants ont dû subir ces actes, telle une épreuve à passer pour avoir le statut de martyr. Ce roman nous rappelle également que les familles de ces terroristes sont touchées par leurs actes, car ils passent pour des parias alors qu’ils n’y sont pour rien.

“Mes larmes ont peut-être noyé mon chagrin, mais la colère est toujours là, telle une tumeur enfouie au tréfonds de moi, ou un monstre abyssal tapi dans les ténèbres de son repaire, guettant le moment propice de remonter à la surface terrifier son monde.”

Je n’ai pas eu l’impression que l’auteur se positionnait plus pour Israël ou pour la Palestine. À travers l’attentat de Tel Aviv, il nous décrit l’horreur que vit sans cesse la commutée israélienne par les attentats les visant. Par ailleurs lorsque le docteur Jaafari part à la recherche des responsables de la mort de sa femme, on s’immerge dans l’ambiance de terreur et de pauvreté dans le territoire palestinien. La guerre se ressent plus en Palestine qu’en Israël mais il n’en reste pas moins que ces conflits affectent les deux territoires.

… En conclusion …

Pour finir, je dirais que ce roman a été une très belle lecture, qui est à mes yeux plein de sens. L’histoire est, certes, fictive, mais ce qu’elle raconte est plus que réel. Il est bon parfois de ne pas oublier ce qui se passe de l’autre côté de nos murs.

“On peut tout te prendre ; tes biens, tes plus belles années, l’ensemble de tes joies, et l’ensemble de tes mérites, jusqu’à ta dernière chemise- il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l’on t’a confisqué.”

Yasmina Khadra

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